Les oeuvres scotchées d’Eugénie Fauny s’inscrivent dans la lignée de son maître Gil Joseph Wolman qui le premier (1963) utilisa le ruban adhésif comme matière d’expression.
Mille fragments de mots, de lettres, de couleurs et d’images s’entre-scotchent, s’arrachent au papier et se restructurent sur les tableaux (toile, plexiglas, bois) et sur les objets détournés (lampes, bidons, valise) de cette plasticienne hors-norme. Adepte de la poésie lettriste, elle crée à l’aide du ruban adhésif repositionné, un souffle cadencé, heurté, hyper-ventilé, témoin acerbe et juste de nos modes de communication. Sans concession pour elle-même, Eugénie Fauny, au son déchirant du scotch qu’elle coupe de ses dents, recrée ainsi ses propres messages... arrachés… au ruban de la vie.
Des toiles éclatées
blessées
morcelées
Mise en scène pragmatique
de l’espace
des sujets
de la fabrication
Il y a quelque chose
d’artisanal
comme de l’art brut
C’est frais cela questionne
L’enfance n’est pas loin
Le scotch comme les pansements
d’une blessure ordonnée
sur la toile ?
Il y a de la joie
De la mélancolie
Tcheky Karyo
« L’élan collé »
Sous le plastique et la colle et sur le papier ou la toile,
il y a l’envie, le désir, la couleur, la forme, le poids du muscle du bras,
la joie, le trou noir, l’harmonie de la surface, le corps, la vision, le creux, le rond, le partage...les couleurs de la vie...
nous sommes scotchés ensemble dans ce plan.
Et ça fait mal lorsqu’on regarde ailleurs
comme un pansement qu’on arrache de sa peau.
Hélène Demazières